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Minimalisme : alléger sa bibliothèque.

C’est le printemps, c’est le temps du grand nettoyage, et je vous propose de vous attaquer à un gros morceau :

LES LIVRES

Bibliophile, rat de bibliothèque, bookworm… Les livres ont toujours fait partie de ma vie. Élevée dans une famille littéraire et artistique j’ai été en contact très jeune avec la littérature française et étrangère. J’ai lu très tôt, divers auteurs classiques en intégrale ou adaptés et j’ai pu me constituer une certaine culture générale dont je suis fière aujourd’hui. D’ailleurs c’est ce qui a sans doute contribué à ce que je devienne professeure il y a dix ans. Je n’oublierai jamais les heures passées dans la bibliothèque familiale à humer les vieilles couvertures, à fouiner, chercher l’ami qui allait m’accompagner pendant les nuits à venir.

Colette, George Sand, Rabelais, Balzac, Stendhal, Flaubert, Maupassant, mais aussi Louise Labbé, Radiguet, Gide, Giono… Autant d’auteurs qui ont marqué mon existence.

Depuis quelques temps, malgré les passions qui m’animent au quotidien, je suis dans une démarche de désencombrer ma bibliothèque. Jamais je n’aurais imaginé parler un jour d’allégement dans ce domaine car quoi de plus précieux pour moi que mes livres. Autant je me moque d’avoir d’autres possessions matérielles, autant les livres…ça fait « couac »!

« On aime toujours un peu à sortir de soi, à voyager, quand on lit. »

Marcel Proust, Sur la lecture, 1906

J’avais même du mal à les prêter à des personnes en qui je n’avais pas confiance. Je n’étais pas non plus dans une sacralisation outrancière de l’objet car lors de mes études de Lettres Modernes, le livre était d’abord un outil de travail que l’on devait surligner, écorner, annoter. Je dis souvent à mes élèves qu’ils peuvent écrire dans les livres que je leur fais acheter pour les étudier, mais bien souvent cela leur fait pousser de grands cris d’orfraie. Étrange paradoxe dans une société du tout écran, où le livre est relégué à la place du pauvre. Croyons le ou non, dans l’inconscient collectif, peut-être a t-il encore un petit nid?

Ce qu’ils représentent pour moi est difficile à expliquer mais je crois ne pas trahir la plupart des bibliophiles en disant que nos livres, c’est une partie de soi, une vision d’ensemble de nos centres d’intérêt, une cartographie de notre espace mental. Souvent les livres sont attachés à des souvenirs, à une époque de notre existence, à des émotions particulières ressenties lors de la lecture, ou aux événements de notre vie vécus à l’époque de la rencontre avec le livre. Notre bibliothèque évolue avec notre personnalité, et on ne lit ni ne relit pas de la même façon une œuvre à dix ans d’intervalle, même avec une œuvre culte. Ce choc je l’ai ressenti lorsque j’ai relu Madame Bovary, de Flaubert, à 24 ans. Lu au lycée j’avais beaucoup aimé l’écriture de Flaubert mais je n’avais pas saisi l’entièreté de la profondeur du roman, la solitude d’Emma et sa condition.

Le problème, c’est le nombre…

Quand on est prof on reçoit tous les ans tout un tas de spécimens de la part des éditeurs afin qu’on en choisisse un pour le commander en « gros » dans le but de distribuer de nouveaux exemplaires aux élèves. Comme les programmes changent souvent, on reçoit très régulièrement des livres et des manuels scolaires gratuitement. Au début de ma carrière je trouvais cela grisant, je n’avais rien chez moi, pas ou peu d’argent pour en acheter alors je me faisais une joie de recevoir tout un tas de nouveautés.

Mais…au bout de dix ans c’est une autre paire de manche, car je me rends compte que sur la durée cela fait énormément de livres dont on ne se sert pas forcément. C’est un gouffre de gâchis monumental et une aberration écologique sans nom. Les éditeurs font de maigres efforts pour envoyer des exemplaires numériques à la place des exemplaires en papier (cela va de pair avec l’allègement des cartables de nos jeunes).

Au final, entre les œuvres étudiées à la Fac, celles achetées pour le travail, les autres qui nourrissent mes passions, je me suis retrouvée avec une bibliothèque débordante. Le pire dans tout ça c’est que j’étais capable de vous dire exactement ce que je possédais, ce que j’avais lu, ce que j’avais aimé et où les livres se situaient dans mes étagères.

Cependant, entre temps, il y a eu des déménagements. ET ça, cela ramène au réel très rapidement. Transporter des kilos de cartons de livres lorsqu’il fait chaud, (merci les déménagements en plein été grâce à l’éducation nationale) qu’on a peu de temps et qu’il faut tout ranger ensuite en un temps record, et le faire plusieurs fois…. a calmé mes ardeurs d’avoir une bibliothèque d’Alexandrie à moi toute seule. C’est que la culture… ça pèse lourd!

Comment ai-je procédé?

A la recherche d’un temps précieux: tout comme l’on ne bâtit pas une bibliothèque en trois semaines, je ne me suis pas séparé de 40 % mes livres en très peu de temps (il faut imaginer que ça équivaut facilement à 250 à 300 livres). Marie Kondo, la papesse du minimalisme à la japonaise, recommande de se débarrasser rapidement de ses livres. Elle propose de tous les sortir, de les prendre un à un et si chacun ne nous met pas en joie dès qu’on l’a dans la main on peut s’en défaire. Sauf que pour moi, un livre, cela s’ouvre, cela se lit, cela se sent (oui, je peux passer des heures à respirer les pages d’un vieux livre de poche acheté en brocante). Le problème quand on fait cela, c’est qu’on ne donne pas grand chose.

Au final, c’est une rencontre entre la pensée de l’auteur et celle du lecteur que l’on doit respecter pour savoir si l’ouvrage nous correspond toujours, si l’on va le relire un jour ou non. J’ai beaucoup lu et écouté de témoignages sur le désencombrement des bibliothèques et j’ai toujours été frappée par le côté radical des méthodes de tri proposées. Elles ne respectent pas toujours le lecteur en nous, et encore moins sa sensibilité.

C’est pour ça que lorsqu’on a accumulé sur plusieurs années beaucoup de livres, qu’on y tient mais que l’on sait que c’est un poids lorsqu’il faut changer de logement, il faut se laisser du temps et trouver des solutions pour que la séparation avec les « paradis artificiels » se fasse le plus en douceur possible, sinon gare au bad trip et aux regrets.

Les solutions alternatives que j’ai pu trouver :

Vous pensez bien qu’au delà de la relation fusionnelle avec l’objet, en tant qu’enseignante, le livre est mon principal outil de travail, donc même si je voulais ne plus avoir de livres du tout chez moi, je ne pourrais pas car je suis obligée d’en avoir quelques uns, quelques classiques, pour pouvoir les enseigner. De toute façon ce serait impensable d’avoir une maison sans livres!

Sans eux je ne peux pas faire mes cours, bâtir des séquences, proposer des lectures avariées variées à mes élèves…Alors si je veux désencombrer mes étagères et tout de même continuer à travailler comment faire?

J’ai d’abord vérifié si tous les livres que je voulais donner étaient disponibles en bibliothèque municipale. Ces dernières ont été inventées pour partager un patrimoine commun à moindre coût. Si oui, direction boîte à livres ou vente des livres en gros sur des sites internet spécialisés (en voici une petite liste…) .

https://www.momox-shop.fr/, https://www.recyclivre.com/, https://www.gibert.com/

Attention toutefois, la plupart de ces sites reprennent les livres à des prix dérisoires.

J’ai aussi regardé s’il existait une version numérique et ça c’est très pratique! Bien souvent les classiques sont dans le domaine public depuis longtemps et sont en accès libre et gratuit en ligne. Le site de la bibliothèque nationale de France https://gallica.bnf.fr/accueil/fr/content/accueil-fr?mode=desktop est assez bien fait. Vous pouvez aussi consulter les livres sur http://www.litteratureaudio.com/ qui propose des lectures gratuites par des donneurs de voix bénévoles.

Après avoir exploré toutes ces solutions et après avoir choisi ce que je gardais, j’ai commencé à voir le bout du tunnel, mais c’était sans compter que j’allais tomber sur un os….

L’étrange cas de la PAL et du « au cas où ».

Dans la blogosphère minimaliste, le cas de la pile à lire est souvent malmené. Il est dit que si on n’a pas lu les livres et que ça fait longtemps qu’on n’a pas touché à cette pile, c’est qu’on ne les lira jamais.

Je ne suis pas d’accord non plus avec cette idée. Si un livre a été acheté à un moment où à un autre de votre vie c’est que quelque chose en lui vous attirait ou avait à vous dire un message. Une jolie couverture, un résumé attrayant, un titre percutant, un livre conseillé par un ou une ami.e, un besoin culturel ou de fiction…Parfois c’est aussi un achat compulsif. Dans tous les cas il y a toujours des raisons à l’existence de cette PAL. Le tout est de faire le point pour voir si les livres nous correspondent toujours, nous attirent encore et sont toujours adaptés à notre état d’esprit actuel. Avant d’exclure un membre de la PAL, posez-vous la question s’il a toujours sa place chez vous.

Pour le « au cas où » j’aurais envie de relire, c’est pareil. C’est selon chaque lecteur, chaque personne. Je connais des lecteurs qui relisent souvent les mêmes œuvres. La relecture va à l’encontre de la consommation compulsive de lecture et de pensée. La relecture ne fait pas appel à la même démarche que la lecture frénétique d’ouvrages. Certains d’entre eux nous ouvrent les portes de leurs secrets seulement après avoir été lus plusieurs fois. On peut prendre des notes, relever les passages qui nous plaisent, entrer profondément dans la poésie de la langue. Ce travail-là ne peut se faire qu’en relisant…

“Dis-moi ce que tu lis, je te dirai qui tu es”, il est vrai, mais je te connaîtrai mieux si tu me dis ce que tu relis »

François Mauriac, Mémoires intérieures,

Être ou avoir?

Pour finir cet article, je voudrais parler de l’influence que les livres ont sur notre constitution et sur notre paysage intérieur. Je suis persuadée que lire développe l’imagination, enrichit le vocabulaire, et stimule la pensée. Je la conseille à mes élèves pour cet effet et, aussi, pour les sortir de l’influence délétère que la culture des écrans a sur leur cerveau.

Sans parler de mon métier, j’ai aujourd’hui un rapport aux livres beaucoup plus actif. Je cherche en eux ce qu’ils peuvent m’apporter, ce que je peux en tirer pour le partager autour de moi afin d’animer des discussions et des débats. Au delà du but récréatif de la lecture, elle sert aussi fondamentalement à « être », à nous donner toutes les chances pour développer notre personnalité. Quand on lit en conscience, on devient un explorateur : de nous-mêmes, mais aussi de la pensée d’autrui.

Tant que la lecture est pour nous l’initiatrice dont les clefs magiques nous ouvrent au fond de nous-mêmes la porte des demeures où nous n’aurions pas su pénétrer, son rôle dans notre vie est salutaire.

Marcel Proust, Sur la Lecture, 1906

Posséder des livres, pour les accumuler, ne devient alors plus aussi indispensable, même comme objets de décoration. Dès lors que je les ai lus ou relus, je peux les donner sans que cela me pose un problème de séparation. Au contraire, je suis même heureuse de le partager à d’autres personnes qui les trouveront dans les boîtes à livres.

Se tourner vers l’essentiel permet d’y voir plus clair.

Un commentaire sur “Minimalisme : alléger sa bibliothèque.

  1. J’avoue que j’achète beaucoup moins de livres qu’avant… Parce que je n’ai plus envie de faire autant d’achats compulsifs surtout que je sais que je ne les lirai pas. Certains ça fait plus de 16 ans qu’ils sont dans ma PAL… Je vais à la bibliothèque…la plupart des livres que j’achète sont désormais pour Celestine ou alors je décide de m’entourer de livres qui sont beaux… Ceux que je n’utilise plus, je les donne via la boite à livres de mon village, j’aime bien l’idée qu’ils circulent, qu’ils traversent d’autres vies, qu’ils touchent d’autres enfants, adultes…

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