Non classé

Faut-il être contre la lithothérapie?

Manifeste contre la consommation exubérante des minéraux:

Comme beaucoup de sorcières, j’aime profondément les pierres, je les trouve superbes, elles apaisent l’esprit et il suffit d’être à l’écoute de ces petites merveilles pour sentir toute leur force et leur intensité. Chacun a un rapport différent aux minéraux et l’explosion de la lithothérapie ces dernières années a fait monter de manière exponentielle le marché des pierres. Les foires aux minéraux sont nombreuses, et même plus surprenant, les magasins les plus populaires en vendent comme ils pourraient vendre des dvd ou des jeux vidéos (je pense notamment à la grande chaîne de magasins Cultura). Je trouve cette banalisation des minéraux fort dommage et fort dangereuse pour la santé de notre planète. Comment peut-on se permettre d’éventrer les carrières précieuses de notre Terre pour en tirer du profit?

95598620_1953930071407613_4838066052313120768_n
Géode de Quartz blanc Bague spectrolite blanche Carte du jeu « Oracle of Oddities »

Les minéraux que je possède ne sont pas nombreux mais plus le temps passe plus je suis drastiquement opposée à l’exploitation outrancière des pierres en lithothérapie, notamment telle qu’elle se pratique aujourd’hui. En effet, l’engouement médiatique autour de ces soins alternatifs redécouverts à la période phare du New Age dans les années 1970, crée  de la confusion et la mode vient ternir des siècles de tradition et n’apporte rien aux passionné.e.s par la magie incroyable qui se dégage des pierres. De plus cela fait du tort à tous ceux qui ont une pratique saine et éthique.

Les pierres sont le véhicule d’une certaine énergie, invisible, impalpable. Si l’on est suffisamment à l’écoute de soi, on peut ressentir cette énergie nous traverser la paume de la main ou nous traverser tout entier si on la porte sur soi. De légers picotements électriques vont se faire sentir, une sensation de chaleur ou au contraire de froid émane du minéral et nous « transmet » quelque chose. Qui n’a jamais eu cette drôle d’expérience en tenant au creux de sa main une obsidienne céleste?

Il arrive, parfois, lorsque les pierres sont fortement chargées par les personnes qui les possèdent qu’elles perdent leurs couleurs ou que ces dernières soient ravivées. La relation à la pierre est intime, personnelle.

Si vous avez eu la chance d’aller à Carnac en Bretagne et d’étreindre ces immenses monolithes bruts chargés d’une Histoire très secrète, vous ne pourriez qu’admettre ce que j’ai admis moi-même petite fille : ces monstres granitiques sont d’une puissance telle qu’on a l’impression d’être protégés par eux. Ils peuvent même faire peur, ces géants grisâtres recouverts de lichen.

On peut respecter la Terre et posséder des minéraux :

Les deux sont complémentaires. Posséder énormément de pierres n’est pas synonyme de non-respect de l’environnement. Une collection est un travail de longue haleine et qui pourrait prétendre connaître les pierres sans les avoir touchées, vues de près, senties et palpées au creux de ses doigts? Ce n’est pas l’accumulation que je soulève ici, mais bien la manière dont la plupart des minéraux sont vendus au grand public aujourd’hui.

Il faut faut choisir ses fournisseurs, favoriser les plus « petits » pleins de cette énergie sincère qui se dégagent des pierres. Pour respecter ce qu’elles sont, « consommer » les minéraux et les utiliser avec le respect qu’il se doit demande de faire des choix et de ne pas avoir tout, tout de suite. . Les petits artisans qui fabriquent des bijoux, des objets à partir de ces joyaux du ventre de la terre doivent être soutenus, de même que les vendeurs qui font le tour de la France pour venir vendre leurs pépites. Je ne comprendrai jamais l’aspect consumériste de la grande distribution

minéraux
Malachite (clin d’oeil à toi Lyra), lapis-lazuli, quartz rose, labradorite, calcédoine bleue, fluorine.

qui ose s’étendre à tous les domaines, et même à celui du spirituel.

Pour répondre à la question, il n’y a pas à être « pour » ou « contre » la lithothérapie, il faut juste avoir une consommation raisonnée, raisonnable et surtout consciente des richesses de la Nature.

Et ne jamais oublier que ce qu’on lui prend, il faut lui rendre d’une manière ou d’une autre par un hommage, une prière, un don, une offrande…

Je vous laisse avec ce magnifique texte de Roger Caillois qui exprime avec une finesse et poésie toute la robustesse qui se dégage de notre planète.

« Dédicace »

Roger Caillois dans Pierres ( 1971)

Je parle de pierres qui ont toujours couché dehors ou qui dorment dans leur gîte et la nuit des filons.Elles n’intéressent ni l’archéologue ni l’artiste ni le diamantaire. Personne n’en fit des palais, des statues, des bijoux ; ou des digues, des remparts,des tombeaux. Elles ne sont ni utiles ni renommées. Leurs facettes ne brillent sur aucun anneau, sur aucun diadème. Elle ne publient pas, gravées en caractères ineffables, des listes de victoires, des lois d’Empire. Ni bornes ni stèles, pourtant exposées aux intempéries, mais sans honneur ni révérence,elles n’attestent qu’elles.

L’architecture, la sculpture, la glyptique, la mosaïque, la joaillerie n’en ont rien fait.Elles sont du début de la planète, parfois venues d’une autre étoile.Elles portent alors sur elles la torsion de l’espace comme le stigmate de leur terrible chute.Elles sont d’avant l’homme ; et l’homme, quand il est venu, ne les a pas marquées de l’empreinte de son art ou de son industrie.

Il ne les a pas manufacturées, les destinant à quel usage trivial, luxueux ou historique.Elles ne perpétuent que leur propre mémoire.Elles ne sont taillées à l’effigie de personne, ni homme ni bête ni fable.Elles n’ont connu d’outils que ceux qui servaient à les révéler ; le marteau à cliver,pour manifester leur géométrie latente, la meule à polir pour montrer leur grainou pour réveiller leurs couleurs éteintes.

Elles sont demeurées ce qu’elles étaient, parfois plus fraîches et plus lisibles,mais toujours dans leur vérité : elles-mêmes et rien d’autre.Je parle des pierres que rien n’altéra jamais que la violence des sévices tectoniques et la lente usure qui commença avec le temps, avec elles. Je parle des gemmes avant la taille, des pépites avant la fonte, du gel profond des cristaux avant l’intervention du lapidaire.

Je parle des pierres : algèbre, vertige et ordre ; des pierres, hymnes et quinconces,des pierres, dards et corolles, orée du songe, ferment et image ;de telle pierre pan de chevelure opaque et raide comme mèche de noyée,mais qui ne ruisselle sur aucune tempe là où dans un canal bleu devient plus visible et plus vulnérable une sève ; de telles pierres papier défroissé, incombustible et saupoudré d’étincelles incertaines ; ou vase le plus étanche où danse et prend encore son niveau derrière les seules parois absolues un liquide devant l’eau et qu’il fallut, pour préserver, un cumul de miracles.

Je parle de pierres plus âgées que la vie et qui demeurent après elle sur les planètes refroidies, quand elle eut la fortune d’y éclore. Je parle des pierres qui n’ont même pas à attendre la mort et qui n’ont rien à faire que laisser glisser sur leur surface le sable, l’averse ou le ressac, la tempête, le temps.

L’homme leur envie la durée, la dureté, l’intransigeance et l’éclat,d’être lisses et impénétrables, et entières même brisées. Elles sont le feu et l’eau dans la même transparence immortelle,visitée parfois de l’iris et parfois d’une buée.Elles lui apportent, qui tiennent dans sa paume,la pureté, le froid et la distance des astres, plusieurs sérénités.

Comme qui, parlant des fleurs, laisserait de côté aussi bien la botanique que l’art des jardins et celui des bouquets – et il lui resterait encore beaucoup à dire –ainsi, à mon tour, négligeant la minéralogie,écartant les arts qui des pierres font usage, je parle des pierres nues,fascination et gloire, où se dissimule et en même temps se livre un mystère plus lent, plus vaste et plus grave que le destin d’une espèce passagère.

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s