ésotérisme·tarot

Les mites de la cartomancie

Cette carte est à l’envers!

Le Tarot et les jeux de cartes évoquent chez pas mal de personnes soit de la fascination soit de la répulsion. Dans mon travail, j’ai certains collègues qui ont pu me dire « Oh, tu tires les cartes, que c’est intéressant, mais ça fait un peu peur ». 
 Tirer les cartes, dans l’imaginaire collectif, équivaudrait à prédire l’avenir, l’à-venir, minutes par minutes, comme un déroulé précis d’une recette de cuisine, mais avec une pointe de maléfice tout de même. 


Ces légendes urbaines viennent des nombreuses Madame Irma, Madame Soleil, diseuses de bonne aventure en tous genres et autres mythes autour de Mlle Lenormand (qui n’a même pas créé le jeu qui porte son nom). Pour explorer cette fascinante thématique je vous conseille d’ailleurs vivement l’ouvrage Voyances de Nicole Edelman (Seuil).

Petit massage crânien…


Ces femmes, car ce sont souvent des femmes, ont la réputation d’être des voleuses, des menteuses, de sinistres comédiennes aux origines incertaines et au teint bistre dont il faudrait se méfier, comme en témoigne ce tableau de Georges de la Tour (1593-1652). Le profil hideux de la voyante distrait le jeune homme pendant que trois jolies jeunes femmes le délestent de sa bourse.Heureusement, tous mes amis cartomanciens et cartomanciennes ne ressemblent pas à ça (je crois que moi non plus…)

Peinture à l’Huile/ MOMA NY/ vers 1630


Habillées en grandes frusques de gitane, elles vous regardent d’un air mystérieux tout en vous attrapant la main afin de vous énoncer votre vie par le menu contre de l’argent. 

 Les voyants ou voyantes que vous croisez dans les foires  d’automne et de printemps, blottis dans leur caravane aux murs décorés par des tentures byzantines surfent sur un folklore très attirant, certes, mais surfent sur un folklore quand même. Ils orchestrent savamment des mises en scène de l’imaginaire bohème (que je ne vais pas critiquer, hein, car je l’arbore moi-même ostensiblement) qui attirnte le badaud crédule qui s’en laisse conter.

Je voudrais savoir quelle couleur de vernis je dois porter…

 Elles annoncent parfois à grand renfort de grandiloquence que votre vie est sur le fil du rasoir… et que ça chauffe grave pour vous, mais que moyennant finance il y a moyen d’arranger les choses!



Ce sont même parfois des automates qui répondent à vos questions, et  si l’on en croit ce qui est arrivé au personnage de « Big », on ferait bien de se méfier de ces mannequins en turban à la démarche si mécanique.

 D’ailleurs je me souviens d’avoir connu l’existence de ces automates « Fortune Teller » par le biais d’un jeu PC (aujourd’hui complètement has been) intitulé Phantasmagoria. L’héroïne Adrienne devait consulter une voyante automate dans le hall du château dans lequel elle se trouvait enfermée et qui appartenait à Zoltan, le mystérieux propriétaire disparu dans de curieuses circonstances. 


Néanmoins, on ne peut pas en vouloir à celles et ceux qui découvrent la cartomancie ou la taromancie. Que ce soit des consultant ou des personnes qui veulent devenir des lecteurs de cartes aguerris. 
 Nous passons  presque  tous par une forme de « Foi du débutant » que l’on ait été initié(e) ou non. On a l’impression de découvrir un Graal plat à mettre dans la poche. On se dit que tous nos problèmes vont être résolus grâce à ces petits cartons de couleurs. Alors on fait dire ce que l’on veut aux tirages et on s’en sort avec de bonnes migraines ou de bonnes crises de nerfs parce que « les cartes ont menti », mais ce n’est pas nous qui avions tort.

Oh, trop bien, Sheldon Cooper va me demander en mariage!

 

 

Personnellement, j’ai découvert cet art, cette mancie, vers l’âge de douze ans.

 Je me souviendrai toujours de cette amie de primaire qui mit un jour entre mes mains un jeu de cartes à jouer classique, en me disant qu’on pouvait interpréter autrement les enseignes (carreaux, pics, cœurs et trèfles) et qu’on ne faisait pas que des réussites ou des solitaires avec ce type de jeux. Elle m’en a appris les rudiments que je n’ai pas oubliés pendant un certains nombres d’années. J’ai fait des tirages à ma famille qui se sont tous « réalisés ». Puis un jour j’ai laissé tomber.

Ah, mais non, j’ai dit que je ne voulais pas vous brasser!

Les aléas de la vie ont fait que je me suis éloignée de cette passion première qui est revenue vers l’âge de 24 ans (entre temps j’étais surtout fascinée par l’imagerie ésotérique, les symboles, et la magie sans trop toujours comprendre ce que tout cela voulait dire). Je savais que cela me parlait, que ces fibres faisaient partie des miennes. J’ai donc acheté mon premier tarot assez tardivement.

 La première personne qui me tira les cartes avec un Tarot de Marseille était pour le moins originale. C’était une atypique jolie jeune femme, toute petite au look sombre et au regard ardent, avec un parfum envoûtant partageait avec moi les bancs de la Fac de Lettres. Je ne sais pas ce qu’elle est devenue car nous nous sommes perdues de vue, mais elle a laissé en moi un souvenir très précis. Elle m’avait déjà prodigué plusieurs conseils et m’avait parlé d’initiation aux tirages.

C’était elle qui devait poser cette pierre sur mon chemin, le reste je me devais le faire seule, et depuis je m’attèle, autant que je peux, à décoder les symboles et les signification de chaque arcane, en les confrontant aux différents types d’édition ou encore au Rider-Waite Smith. 

Avec le temps, on apprivoise les jeux, les figures et les personnages dessinés sur ces cartes. Des rituels s’organisent autour des moments de tirage qui deviennent tous sacrés comme des moments méditatifs. Une bougie, un thé, du calme et l’on se sent disponible pour se laisser plonger dans l’univers de l’invisible et du non-dit .  

J’ai vite compris que le Tarot ou la cartomancie ne donnait pas toujours les réponses que j’attendais des tirages. Bien au contraire. Tous les bons tarologues, honnêtes et passionnés vous le diront : le Tarot ne prédit PAS le futur.

T’es en train de me dire que ça ne sert à rien ce que je fais, en fait??!   

Oui, mais alors si je ne peux pas savoir si je vais rencontrer le Prince charmant ou la Princesse aux petits pois, ou comment je vais mourir… à quoi sert donc ce fameux paquet de cartes remplis de symboles les plus abracadabrantesques les uns des autres?

Eh bien, il sert des buts bien plus intéressants que de savoir de quelle couleur sera la prochaine voiture que je vais gagner à la Roue de la fortune (blague de cartomancien *ON*…). 

Mince, il y a un problème d’huile!

C’est un formidable outil de connaissance de soi, peut-être même mieux que tous les livres de développement personnel, tant à la mode ces dernières années. C’est une ouverture sur le champ des possibles, car les figures présentes sur ces innocents morceaux de carton stimulent en nous une corde sensible que beaucoup de nos contemporains ont appris à faire taire et qui leur fait défaut : l’intuition. D’après le dictionnaire, ce mot viendrait du latin intuiri et voudrait dire « regarder attentivement, avoir la pensée fixée sur ».

A l’heure où la télévision nous donne (presque) gratuitement des images à hue et à dia, qui ne font sens que pour notre penchant naturel pour le superficiel, l’immédiat, le mignon… (qui n’a pas passé du temps sur les réseaux sociaux à regarder des vidéos cute…?), la faculté d’être des êtres ouverts, curieux, capables de se concentrer sur un seul objet d’étude pendant un long moment s’en trouve largement diminuée. On en vient alors à des pensées en « kit », « rapide », (comme on vend des jeux de Tarot en kit d’ailleurs…) qui assimilent le Tarot à une obscure activité de satanistes patentés… ou pas tentés si vous préférez. L’enfant a encore gardé cette connexion, car il n’a que lui à s’occuper, même si l’on tente de plus en plus de voler leur âme précocement.  L’enfant dit ce qui lui passe par la tête, sans réfléchir si c’est juste ou faux, farfelu ou crédible, si bien que certaines informations importantes peuvent lui être données . « La vérité sort de la bouche des enfants »… comme dit l’adage populaire.

De plus rechercher des réponses exactes concernant le futur proche ou lointain dans les cartes reviendrait à admettre l’inéluctabilité de la Vie. 

Or, je ne suis pas sûre que nous n’ayons strictement aucun libre-arbitre et aucun pouvoir sur le déroulé de l’existence. 

Les cartes nous montrent ce qui peut arriver, ce qui pourrait arriver, mais pas ce qui VA arriver. Elles offrent une ligne directrice, donnent des conseils, montrent dans quels pièges nous sommes susceptibles de tomber, mais ne prédisent en aucun cas l’avenir.  Là où le cartomancien détient son « pouvoir' », si tant est qu’il y ait un « pouvoir » derrière tout ça, c’est quand il fait parler son intuition au service du consultant et non les cordons de sa bourse.

Les interprétations des tirages varient d’un jour à l’autre selon notre état d’esprit, selon notre humeur, selon ce que l’on a envie de lire dans le cas d’un tirage personnel.

 Si l’on tire pour les autres il faut être d’autant plus vigilent et ne mettre d’implication personnelle si ce n’est celle de l’intuition. Chaque jeu est imprégné de l’artiste qui l’a créé et c’est là où se trouve le magique : ce fameux lien invisible qui unit tous les êtres entre eux et qui se trouve parfois matérialisé dans le dialogue entre l’oeuvre, le jeu, et le cartomancien.J’ai souvent lu sur des sites et dans des commentaires sous des vidéos Youtube qu’il existait deux écoles : les puristes et les originaux de la cartomancie. Je crois qu’il ne faut pas rentrer dans l’extrémisme et dire que seules les premières versions du Tarot (comme celle de la famille Visconti-Sforza) sont les vraies et que les autres sont toutes à jeter.

Il faut s’entendre sur l’usage que l’on fait du Tarot et surtout dépoussiérer ce qui traine autour de cet Art. Au-delà de la vérité historique, il y a ce pour quoi on décide que le tarot est fait. A la base c’était un jeu avec des triomphes, destiné au divertissement puis il s’est lentement transformé en outil de divination. 
 Je trouve extrêmement dérangeant les cartomanciens qui s’enorgueillissent de leurs facultés de lecture et d’interprétation. Ce ne sont pas pour autant des charlatans, mais ils s’enveloppent de décorum et d’hypocrisie sociale. Parfois d’excellents tarologues sont discrets et passe partout, ce qui n’en dénature pas pour autant leurs qualités et leur force.
 
Au même titre que la fameuse boule de cristal, le marc de café ou encore les entrailles de poissons,  les cartes sont donc un SUPPORT dont il faut respecter les codes. Une Papesse n’aura pas la même énergie qu’une Justice ou une Tempérence, mais chacune de ces femmes archétypales symbolisent précisément un aspect de la situation sur laquelle on réfléchit.  

Et vous, quel est votre rapport aux cartes? 


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