tarot

Le monde est fou, fou, fou…

Le « Fou » fait peur.


              En effet, c’est parfois lui, cet inconnu, qu’on rencontre quand on entend quelqu’un parler seul, dans la rue et dans le métro, s’adressant à ses fantômes invisibles pour nous.

           C’est à cet autre qu’on reproche de ne pas être assez prudent et de se comporter inconsciemment face au danger ou dans le lancement d’un projet.

         Enfin, c’est celui-là que l’on craint, lorsque l’Autre plonge dans des attitudes indignes des codes sociaux et moraux reconnus par tous. A la place du criminel, on choisira plutôt la séduisante et rassurante idée que un tel « est fou » et que nous ne faisons pas partie du même monde que lui.

Il y aurait donc le monde des fous, et le monde des « pas fous » et des gens sains, mais pas forcément saints.



LE FOU dans les ARTS et l’HISTOIRE (un peu) 

              L’histoire du Fou est très intéressante et il ne faut pas se laisser avoir par l’héritage fantasmagorique de la littérature du XIXe siècle.

   A l’époque médiévale, le fou a ce privilège de pouvoir se moquer des courtisans, voire du roi lui-même, sans s’en trouver inquiéter. Il appartient au genre des saltimbanques et être « fou » c’est un métier, au même titre que jongleur ou ménestrel.
 A sa promesse d’allégeance, correspond en retour un accord tacite entre le souverain et lui. Il est attribué au Roi, et c’est même une faveur, un avantage que de pouvoir plaisanter sérieusement. Il n’appartient pas à la catégorie des simples d’esprits ou des naïfs des villages reculés de France, doté de malice, de ruse et de perspicacité il remplit un rôle particulier au sein de la cour.  Cependant, derrière cet aspect séduisant, plus littéraire que réel, se cache sans nul doute une réalité extrêmement difficile.
         Pour preuve, rappelons brièvement la vie d’un des bouffons les plus célèbres de l’Histoire de France : à savoir Triboulet, à l’époque de François Ier au XVIe siècle.  Il faisait certes rire la cour par ses traits d’esprit et ses remarques pleines de facéties et d’intelligence mais son physique atypique était souligné, il était même assez laid. Du moins c’est ce que dit le poète Jean Marot qui en peignit un portrait assez rosse  :

« Petit front et gros yeux, voûté comme une vieille, le dos aplati comme ceux qui ont trop porté des hottes »

 Cependant ses tours qui plaisaient tant au Roi lui tendirent un piège puisque François Ier, lassé de ses excès finit tout simplement par le condamner à mort. Il fut sauvé in extremis par sa franchise : on dit qu’il aurait répondu au monarque qu’il « préférait mourir de vieillesse » à toute autre façon de mourir. François Ier, amusé, le bannit plutôt que de le faire tuer. Ainsi, la vie de Triboulet dépendait du bon vouloir de son Roi et se son pouvoir.Il est sans doute réaliste de s’imaginer que des personnages ainsi hors-normes, se faisaient poursuivre par les membres de la cour, devaient recevoir également des coups et étaient le réceptacle des passions véreuses d’une société courtisane à la botte du monarque.


L’image de ce Triboulet, libre de sa parole et faisant tinter ses grelots dans la salle du trône fut un thème récurrent chez Shakespeare et traversa les siècle pour devenir  un motif littéraire au XIXe siècle essentiellement. Dans sa pièce Le Roi s’amuse, représentée pour la première fois en 1832, Victor Hugo, s’empare de cette figure historique pour en faire son porte-parole, défendant à travers lui ses idées romantiques de liberté face à la censure monarchique. 





LE MAT-LE FOU dans l’imagerie des CARTES de Tarot 

Je souhaiterais néanmoins aborder la question  du fou sous un autre angle . Dans le Tarot de Marseille il existe une carte qui s’appelle le Mat. A noter que l’on retrouve ce mot dans l’expression « Échec et mat » dans le jeu des échecs : le Roi, mis en difficulté, ne peut plus se défendre et la partie adverse remporte la partie.


Dans le TDM, le Fou ne fait pas partie à proprement parler des « atouts », ou « triomphes », il n’a pas de nombre, c’est pourquoi cette carte est parfois appelée l’Arcane sans nombre, son pendant étant l’Arcane sans Nom (XIII) appelée parfois, sous le nom menaçant de la Mort ou simplement Mort .

Il ne représente pas une personne en particulier au même titre que l’Empereur (IIII) plus marqué,  et ses représentations peuvent varier.

Généralement seul sur son chemin, il porte les vêtements traditionnels liés à l’imaginaire populaire du « fol » avec son bonnet à cornes et grelots. Il part, son baluchon à sur l’épaule, poursuivi ou accompagné d’un animal et il semble incapable  de « se fixer nulle part dans le chemin qu’il parcourt » (Paul Marteau) .

 Il peut arriver qu’on interprète le chien comme un reste des erreurs commises durant les années précédentes, un poids, une morsure, une cicatrice que l’on n’oublie pas pour avancer.

 Cependant, rien ne semble le retenir, il fuit ou a décidé de partir, et symbolise ainsi le commencement de quelque chose de nouveau sans attachement particulier au passé.
Déambulant ainsi sur les routes, il peut également représenter l’insouciance, l’inconscience du danger qui le menace ou des moqueries qui pourraient l’assaillir, il se soucie assez peu du regard de l’Autre car il se sent libre. Cette liberté n’est peut-être qu’une illusion, mais son énergie lui est nécessaire pour continuer de vivre.

Pour Paul Marteau, le Mat « représente la marche de l’homme vers l’évolution ». Ce n’est donc pas une carte innocente ou inutile au sein des arcanes majeurs. La destinée du Mat lui étant inconnue, il se doit de garder au fond de lui l’espérance que sa vie sera plus belle, en somme meilleure. Placée au début ou à la fin du Jeu, il arrive qu’elle soit rangée entre le Jugement (XX) et le Monde (XXI) . On peut être plusieurs fois « le Fou » dans sa vie, et dans différentes parties de son existence : pour le travail, les affaires, la famille, l’amour, la sexualité.

Si l’on considère la vie comme une spirale évolutive, le Fou revient régulièrement à la fois comme commencement et conclusion.

Oswald Wirth, dans son célèbre Tarots des imagiers du Moyen-Age est très dur avec cet arcane, il estime qu’il a une « inexistence intellectuelle et morale » et qu’il est « irresponsable », il va même jusqu’à le qualifier de « possédé » qui porte un baluchon rempli de « sottises et d’insanités ». Il le compare au mythe populaire du Juif errant qu’il ne faut pas suivre dans ses pérégrinations Oswald Wirth insiste sur le fait que cette carte représenterait une mise en garde contre « la divagation qui guette l’esprit dès qu’il prétend dépasser les limites du Réel ». Je ne rentrerai pas dans les analyses kabbalistes proposées par l’auteur, si cet approfondissement vous intéresse, je vous invite à me le transmettre en commentaires. 

Un autre tarologue médiatisé a proposé également sa vision du Mat. Il s’agit de Alessandro Jodorowsky, connu pour ses nombreux films curieux et insolites, ses bandes dessinées, et son interprétation personnelle du Tarot de Marseille. Plus poétique, Jodorowsky sait distinguer les aspects positifs des aspects négatifs de cette carte, aussi c’est avec emphase qu’il le présente tel un « illuminé, un dieu,  un géant puisant dans le flux de l’énergie libératrice incommensurable » , il va même jusqu’à attribuer à ses grelots la capacité à jouer de la musique des sphères. Le Mat est donc un « élan d’énergie », mu par une « impulsion vitale ». On est donc loin de la description fort péjorative de Wirth. 

Dans Serventy Eight degrees of Wisdom de Rachel Pollak, l’auteure utilise comme support le Tarot de la tradition dite Rider Waite Smit, c’est-à-dire le Tarot qui fut le résultat d’une collaboration entre Arthur Edward Waite (membre de l’Ordre Hermétique de l’Aube Dorée ou Golden Dawn) et Pamela Colman-Smith. Communément on l’appelle, le Waite-Smith ou le Rider-Waite. 

La carte  de ce jeu est donc quelque peu différente. Elle n’est pas appelée le MAT, mais The Fool, en anglais. Rachel Pollack retrace brièvement l’histoire du Fou en rappelant certaines constantes dans les diverses interprétations du Tarot. La baluchon rempli d’âneries chez Wirth se transforme dans une autre interprétation  » The bag behind him carries his experiences »

  

Le TAROT de Marseille
(version de Jean Dodal)
Source image : Wikipedia (fr)

                                      

          
  Le Tarot Rider-Waite Smith

Source image : Wikipedia (en)





        Wild Unknown Tarot
 (Kim Krans) 


Le Wild Unknown est un tarot incroyable, une œuvre d’art sur lequel il y aurait beaucoup à dire. Le Fou de Kim Krans est fragile, un oisillon sur sa branche, prêt à s’envoler sans savoir si ses ailes pourront reposer sur leur élément. Il semble frileux et délicat, encore rafraichi par le vent du printemps qu’on devine au travers du bourgeons naissant. 

Source image : ici!






        Le Joie de Vivre Tarot
 (Paulina Cassidy)





        Le Tarot des Contes de Fées (Lisa Hunt)



 Chez Lisa Hunt, le Fou est représenté par le conte du Petit Chaperon Rouge. L’immaturité du Mat se retrouve dans cette petite fille aveugle aux menaces qui rôdent autour d’elles. Elle s’en va dans la forêt à la rencontre sa mère-grand pour la nourrir, sans s’imaginer qu’elle va être elle-même dévorée.



 


Pour conclure cette carte n’est pas à négliger, surtout si elle tombe dans un tirage. Elle annonce des changements à venir sous le signe de l’incertitude. 
On y va, c’est sûr, mais on ne sait pas ce que cela va donner!

2 commentaires sur “Le monde est fou, fou, fou…

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