ésotérisme·réflexion·spiritualité

Spiritualité : vous êtes filmé.e.s!

 Je me pose beaucoup de question sur le mot Spiritualité et surtout sur le sens qu’on lui donne dans une société où tout peut devenir un bien consommable, même ce qui est « relatif à l’immatériel ». 

Photo personnelle / oracle de Belline 


Le mot daterait de 1350 et voudrait dire « vie spirituelle », ou plus largement « vie de l’esprit ». Il a pourtant le vent en poupe depuis l’avènement du nouvel âge dans les années soixante-dix. Les livres sur le sujet fleurissent comme un parterre de jonquilles au printemps et se fanent aussi vite pour être remplacés par d’autres qui traiteront des mêmes problématiques.

Je reste perplexe face au succès d’un tel sujet. Non pas par avarice intellectuelle mais par volonté d’être fidèle à ma « recherche de vérité ». Je pars du principe qu’il faut, toute sa vie, être un chercheur ou une chercheuse honnête et discipliné.e. 

L’enthousiasme qui anime les internautes ou les lecteurs est louable, mais prend-il sa source au bon endroit?

Je m’explique, aujourd’hui les spiritualités (car il en existe différents types) se délitent. En effet, là où les grandes Traditions structurent l’esprit humain, impose au pratiquant un rythme de vie parfois extrêmement sévère ou des pratiques  ascétiques, les nouvelles spiritualités font, pour une grande part l’apologie de l’individualisme et de la construction d’une spiritualité personnelle en patchwork, comme s’il était possible de se départir des Traditions pour construire son propre puzzle. 

Je ne m’oppose pas de manière virulente à cette approche morcelée du spirituel, car je suis sûre d’être moi-même dedans, malgré ma position initiale qui se veut rigoureuse. Néanmoins, je reste persuadée qu’il est possible pour chacun d’aller chercher l’information à sa source lorsqu’elle est accessible, d’en faire l’expérience, et de ne pas rester à la surface du puits.

Tout le monde est libre de faire comme il l’entend mais j’en viens à cette question de la limite entre le sacré et le profane.  En effet, lorsqu’on se libère des dogmes contraignants, qu’on ne veut pas prendre ce qu’il y a de difficile et de compliqué dans les Traditions, quand on se fabrique sa spirit sauce, où se trouve le Sacré? 

Je pourrais faire un parallèle étymologique avec l’os sacré, le Sacrum, qui fait partie du coccyx qui permet notre assise. Or j’y vois un beau symbole, lorsque nous sommes dans une vision sacrée de ce qui nous entoure, nous sommes particulièrement stables, plus ancrés. 

Peinture Personnelle



Pour en revenir aux combinaisons spirituelles modernes, on pourra me répondre que « tant que ça ne fait pas de mal, ça ne peut que faire du bien ». 

Oui, bien sûr, la plupart de ceux qui s’adonnent à une dévotion sans borne pour les Anges de Doreen Virtue ne sont pas tous ni des ignorants, ni des crédules, ni des adeptes aveugles qui vont souffrir à jamais de leur manque de curiosité! On n’en est pas là.
 Cependant, je prends l’exemple de la « mode angélique »car il est, pour moi, très symptomatique de notre approche de l’immédiateté spirituelle. Il faut que cela soit facile à faire, à interpréter et à ranger, tant pis pour la profondeur des propos ou de l’interprétation.  Les Anges ne viennent pas de nulle part et n’ont pas toujours été sur des cartes divinatoires, ils ont une histoire, une origine qui remonte  aux premiers temps des religions du Livre voire de l’empire mésopotamien (1)
Je respecte néanmoins le travail de Virtue et ses fans, cet article ne se veut pas à charge contre quelqu’un en particulier, mais plutôt d’ouvrir une réflexion sur ce qu’est « être spirituel » à l’heure de la fibre optique et des Glouglou Glasses. 

L’ésotérisme et l’occultisme fascinent et continueront de fasciner parce qu’ils touchent l’un et l’autre aux questionnements fondamentaux posés par l’Homme sur son identité.
Ce qui est caché, ou plus précisément réservé à un public d’initiés (c’est le sens étymologique de ésotérique) a tendance à attirer parce que c’est mystérieux et invisible, cependant les ouvrages sont aujourd’hui accessible via des bibliothèques numériques, municipales, des maisons d’éditions qui retraduisent ou rafraichissent des oeuvres ésotériques anciennes. 

Libres à chacun.e de se donner la peine (car c’est une vraie contrainte, un vrai travail) d’aller fouiller les sources pour se faire une opinion qui va au-delà de la simple croyance qui satisfait le mental et l’égo.
Il est pourtant difficile pour le néophyte de se retrouver dans les étals des librairies spécialisées ou non. Un nombre incroyable de livres, de livres-objets, de jeux sortent tous les ans, ce qui prête à confusion lorsqu’on ne sait pas faire le tri. 

Le débutant doit faire des erreurs pour avancer, mais je regrette qu’il n’y ait pas plus d’informations de qualité qui soient mises en avant, a contrario du profit qui, lui, est en belle place.
Je suis moi-même très curieuse dans ces domaines et je suis la première à acheter de nouveaux jeux de Tarots, de nouveaux livres sur la Magie, mais je tente toujours, quand c’est possible d’en vérifier la qualité, avec la conscience que je peux me tromper.

La spiritualité contemporaine : « We are witching you! »  

Que ce soit dans l’imagerie sorcière, l’imagerie bouddhiste, la kabbale, l’alchimie, le yoga de l’oreille droite ou encore la respiration dentale (à différencier de la transcendantale…), il FAUT MONTRER qu’on en est.  

Ce qui domine c’est le paraître. Ce n’est pas une nouveauté et il n’est pas nécessaire d’être dans le milieu éso ou néo-oriental pour être confronté.e à la dictature de l’image. Et c’est là qu’est l’os. Je ne trouve rien de plus ridicule que de nombreux sites sur lesquels on vous promet de soigner vos « chakras »… (cela ne fait pas de mal, on l’a déjà dit, mais quand même au niveau de l’honnêteté intellectuelle, ça pique!!)

Le débutant, le cheminant, bref…celui qui débute sera pétri de bonne volonté, il aura acheté le livre qu’il lui faut, il se sera inscrit dans un cours de Yoga, ou fera partie d’un coven, et aura sans doute rempli tous les critères spirituellement « in », mais qu’en est-il de la démarche profonde? 

Ce n’est pas lui ou elle que j’accuse, nous avons tous été novice un jour ou l’autre, c’est la pression exercée par l’image et le paraître au détriment parfois d’un contenu ou d’une réflexion spirituelle qui mettrait parfois dans une situation réelle d’inconfort intérieur. 

dessin personnel

Car la spiritualité n’est pas et ne DOIT pas être TOUJOURS de tout repos contrairement à ce que nous vendent les magazines en kiosque. 

Je parais dure en écrivant ces mots, et cela va peut-être m’attirer des foudres, mais je reste intimement persuadée qu’entrer en spiritualité demande un réel effort, que ce soit une spiritualité de tradition chrétienne, païenne ou bouddhiste, etc. 

Le mot sanskrit Sâdhanâ 
correspond bien à ce que je cherche à dire

Le cheminement spirituel demande un engagement complet et indivisible de celui qui est sur le chemin. 
Se mettre en danger demande parfois une remise en question de ses propres croyances et de ses propres représentations. 

C’est le travail de toute une vie. 



(1) Pour les curieux voir là!!

2 commentaires sur “Spiritualité : vous êtes filmé.e.s!

  1. Je me retrouve dans beaucoup de tes mots !

    Je ressens ce besoin de chercher (et de me dire que l’on cherchera toute notre vie), je pense qu’il est très important d’aller à la source (de connaissance, de concept) rien que pour comprendre, nous amener d’autres pistes de réflexions.

    La spiritualité est personnelle mais pour que nous puissions avancer nous avons besoin d’échange et de partage. Et surtout si nous avançons dans ce chemin nous allons être chamboulée : avoir des épreuves, des doutes. ça demande des sacrifices et de la force. Tout le monde ne continuera pas. Mais en allant au delà nous allons comprendre tellement de choses! la facilité n’est pas « bon » ici (d’après moi!) car nous n’apprendrons jamais aussi bien qu’avec des épreuves.

    Pour terminer, je trouve très positif cet élan spirituel/ésotérique en ce moment. On est moins passé pour des « fou », il y a de plus en plus les questions « et si ça existait? » « et pourquoi pas? » « à quoi ça sert? ». Il y aura toujours des personnes qui feront ça pour l’image que cela renvoie mais comme partout! La démarche personnelle arrivera pour ceux qui continueront pour les autres, ils passeront à autre chose!

    J'aime

    1. Je suis entièrement d’accord avec toi. Ce regain (?) spirituel de ces dernières décennies est positif, avec toutes les contraintes et toutes les limites que cela peut comporter : le foisonnement des sources qui noie celles qui sont primitives et primordiales. C’est vrai que les « fous » sont de moins en moins les sorciers et sorcières mais plus, de notre point de vue, les moutons robotisés que la société fabrique et qui y vont allègrement. Panurge n’est plus le maître du troupeau, aujourd’hui c’est Youtube et les réseaux sociaux.

      Merci beaucoup pour ton commentaire 🙂

      Aimé par 1 personne

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