magie·spiritualité·symbole

"Follow the white rabbit"

« Je suis en retard, j’ai rendez-vous quelque part », qui n’a jamais entendu cette rengaine du lapin blanc dont les vocalises ont été immortalisées par le film des Studios Disney? 

Et pourtant, Lewis Carroll, l’heureux créateur de Alice in Wonderland, ne connaissait pas les frustrations, ni les turpitudes du monde actuel qui nous demande de toujours aller plus loin, plus vite…. 
Il ne les connaissait pas, mais était aux premières minutes de la course en avant que nous vivons actuellement.  

Nous sommes entraînés dans un mouvement de fuite en avant et nous en oublions de nous observer et de comprendre comment nous fonctionnons et comment la nature, autour de nous, évolue. 

Et c’est bien pour mettre un frein au règne de Woody Wood Pecker et de Bip-Bip (j’ai toujours eu un faible pour Coyote) , qu’ici l’éloge du LENT sera fait. 

✮✮✮
 LEternité Nourrit la Terre 
✮✮✮ 

 Prendre son temps… et surtout 
Prendre le temps de prendre son temps.

En observant les chats, nous pouvons nous rendre compte du temps et du soin qu’ils apportent à leur toilette. L’entretien du pelage, le lustrage des poils est pour eux primordial. Une simple caresse inattendue de notre part et déjà la langue râpeuse repasse sur l’endroit touché. Ce n’est pourtant pas un affront à notre égard, c’est par ce système-là aussi qu’ils nous « sentent », qu’ils prennent le temps de le faire afin de s’assurer que celui qui caresse est un.e ami.e. 

Photo personnelle/ Modèle ayant beaucoup souffert

Non pas qu’il faille, nous aussi, nous lécher allègrement poils et cheveux, mais notre corps, notre âme et plus largement notre vie ont autant besoin de soins et d’attention. 

Mais apprendre à se calmer et donc aller à contre-courant de la société de l’accélération tient de la performance. Lutter contre et aller à un rythme plus adouci et plus délicat n’est pas une démarche facile.

Tout commence à la naissance, période durant laquelle on impose aux bébés de vivre et d’évoluer selon des critères basés sur une « norme » collective, sans se soucier une seule seconde du rythme individuel de chacun.e. 

Si l’enfant se développe en-dehors des clous de la courbe nationale, il fait tout de suite l’objet d’inspections et de recherches médicales. 

Dans certains cas, ces investigations sont bien sûr nécessaires notamment pour les enfants avec des TEDC (et encore, il y aurait tant à dire sur le sujet) , cependant dans d’autres cas, ne serait-il pas plus sain de laisser l’enfant marcher à son rythme, de lui donner plus de temps pour l’apprentissage de la lecture ou de l’écriture….de le laisser vivre tout simplement, en restant vigilent?

Il en va de même pour les adolescents que l’on comprime pour les faire rentrer dans des cases, dans des filières qui ne leur conviennent pas, pour des raisons de reconnaissance sociale, pour « qu’il ait un travail »,pour qu’ils pensent à « quand ils seront grands », pour qu’ils ne deviennent surtout pas un artiste ou pire encore….sorcier ou sorcière. 

La créativité naturelle de l’être humain s’en trouve étouffée et cela produit des générations de névrosé.e.s, frustré.e.s parce qu’on ne leur a pas laissé ni le temps ni la chance de s’exprimer à leur rythme.

Trouver son rythme intime, personnel, permet d’acquérir une certaine harmonie et de tordre le cou à ce monstre moderne : 

« Le Stress »


Il s’insinue dans tous les actes de notre vie quotidienne, parfois les plus innocents et les plus anodins. 

Qui ne s’est jamais trouvé agacé.e parce que la personne en face de nous au guichet de la poste ou de la banque peine à terminer son opération, met un temps incroyablement long (selon nous…) à sortir sa carte bancaire et à taper les numéros sur les touches, alors que nous trépignons d’impatience derrière car nous avons une voiture mal garée, un bébé (ou un chien, ou un magicien) qui attend patiemment dans la voiture, un rendez-vous…. (ou tout simplement parce qu’on aime faire ch*** le monde.)

Et pourtant ce serait là  qu’il nous faudrait commencer à prendre le temps d’être là où nous sommes, dans ces moments quotidiens d’agacements incessants que nous n’arrivons pas toujours à maîtriser.  Attendre est devenu un apprentissage. Mais je ne parle pas de l’attente impatiente que l’on peut ressentir lorsqu’un film avec notre acteur favori va sortir, je parle de l’attente désagréable, qui nous met dans une situation d’inconfort. C’est cette attente-là que nous nous devons de maîtriser.

Une histoire de point(s) de vue. 



« Mécaniquement », « mathématiquement » il le même pour tout le monde. Une seconde restera toujours une seconde. Et bien que cette perception du temps soit déjà humaine (puisque les secondes, les minutes et les heures sont un concept humain) elle reste une donnée scientifique reconnue de tous. Mesurer le temps est une approche intellectuelle du temps, mais qu’en est-il de notre perception intime de ce temps? Ce que l’on peut appeler le « temps psychologique ». 

Si l’on se base sur une approche philosophique ou spirituelle on se rend compte que futur est fabriqué d’espoirs, le passé de ce que nous retenons de lui et le présent DEVRAIT recevoir de nous toute notre attention. (1)

La personne qui est plus lente que nous n’a pas conscience qu’elle vous envahit et qu’elle vous agace, tout simplement parce que nous expérimentons tous les jours un rapport différent à la temporalité.

 Le temps de l’autre n’est pas le nôtre. 

Bergson a abordé le sujet dans son Essai sur les données immédiates de la conscience 1889


L’être humain moderne, l’homo rapidus, est un impatient qui voit le monde uniquement avec sa paire de jumelles qui lui est propre. 

L’adjectif vient du latin impatiens et veut dire « celui qui ne peut pas endurer, celui qui ne peut pas souffrir ». C’est d’ailleurs pourquoi celui qui est lent parce qu’il a une maladie, est appelé un « patient » dans le sens médical du terme. Il se doit aussi d’avoir de la patience dans sa vie quotidienne pour appréhender la souffrance et surtout accepter le temps que lui prend sa maladie.(2)

Être présent à ce que l’on fait, même si ce n’est pas une activité agréable est, à terme, source de satisfaction. 

                                       Tout est sous nos yeux (ou presque)

La lenteur en MAGIE 


 

Aller… « plus haut »(comme dirait une non moins célèbre chanson).  en allant plus lentement? 

L’éternité est à nos pieds et nous nous empêchons de la voir et de la goûter sous prétexte qu’il faut penser à ce qui est à faire demain, ou ce qui a été fait hier, et parce que nous allons tout simplement trop vite.


Le mot « lenteur » viendrait quant à lui du latin lentor, qui voudrait dire « flexibilité, souplesse, viscosité ».  Nous abordons rarement la vie avec souplesse, et rarement la magie avec flexibilité, or c’est de cette flexibilité que vient l’adaptation au monde environnant. S’adapter à son propre rythme, se laisser faire par les énergies qui nous entourent, les prendre avec nous et travailler avec tout en laissant le temps au temps de faire son œuvre. N’est-ce pas en travaillant tous les jours la souplesse de son corps que l’on finit par gagner quelques centimètres? Ce n’est pas pour rien si la difficile discipline du Yoga est progressive.


En magie, aucun temps n’est perdu. Que nous passions plus de temps à pratiquer ou à faire de l’étude des textes ou des ouvrages récents sur le sujet, tout ce que nous faisons rentre dans une savante combinaison qui fait de nous ce que nous sommes en tant que cheminant. 

Parfois nous sommes confrontés à des retards dans nos projets, résister par orgueil ou par volonté de puissance n’est pas une solution.  

Dans la fable « Le Chêne et le Roseau », c’est d’ailleurs le Roseau qui est le plus sage et le plus lucide car il dit : 

« Je plie, et ne romps pas » 


Aller lentement en magie c’est prendre le temps d’aborder la vie spirituelle avec sobriété et humilité.

Souvent dans la pratique de rituels, nous nous précipitons pour pouvoir faire tout selon les codes qui sont imposés. Le nombre de fois où il faut réciter une incantation, la couleur des bougies, 
le nombre d’animaux qu’on doit sacrifier👹👹

 Et surtout, on attend impatiemment le résultat du rituel. Nous en oublions totalement que c’est parfois la démarche qui nous a amené.e.s au rituel qui est plus importante que le résultat lui-même. 

Comme dirait Pierre Sansot dans Du bon usage de la lenteur


« Ne fixez pas de rendez-vous au Seigneur (je vous serais obligé de vous présenter à telle heure), ne lui tirez pas la manche. Cela ne doit pas se faire et cela n’a aucun sens ». (3)

Notre prière, notre rituel, notre intention sont envoyés dans le monde de l’immatériel et sont comme autant de graines plantées dans ce que nous ne maitrisons pas. 

Il s’agit donc de ne rien forcer, que nous soyons débutant ou non, juste d’être là et être humblement spectateur et acteur des multiples mystères qui constituent l’existence. 

Tout est cyclique : 

Je passe du lapin à l’escargot.  Et pour cause, les deux animaux sont célèbres pour leurs rapidités opposées. 

L’escargot est connu pour sa lenteur mais aussi pour un symbolisme plus large qui en fait un animal magique :

 
Image libre de droit


« Universellement symbole lunaire. Il indique la régénération périodique : l’escargot montre et cache ses cornes comme la lune apparaît et disparaît; mort et renaissance, thème de l’éternel retour ».(4)  

Si nous allons plus lentement, peut-être que nous vivrions avec plus de conscience les multiples cycles par lesquels nous passons, à commencer par ceux de la nature. 

Et vous, qu’en pensez-vous? 

Sources

image Matrixlà!!

(1) voir le texte de Henry Duméry ici  (consulté le 21/02/2018)

(2) voir l’incroyable conférence intitulée « Éloge de la lenteur et de la Patience » de Eric Fiat sur Youtube

(3) SANSOT Pierre, Du bon usage de la lenteur, 1998, p.80-81 

(4) CHEVALIER/ GHEERBRANT, Dictionnaire des symboles, 1969, p. 414 

2 commentaires sur “"Follow the white rabbit"

  1. Comme j’aime tes réfléxions ! L’impatience est vraiment un sacré fléau aujourd’hui et je suis la première concernée ! Par contre ce qui est super avec mon travail ésotérique c’est que je comprends que « chaque chose en son temps » et « ce n’est pas l’arrivée le plus important mais le voyage ». Même si on le sait il est parfois difficile de prendre le temps nécessaire. Quand je vois mon métier, ma ville, mon mode de vie je me dis que c’est très difficile et j’ai beaucoup de mal à faire autrement, cela me rend triste mais ‘jespère changer ça progressivement !

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