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The beauty, but not the best….

Mme Leprince de Beaumont, 1711-1780

Mettre en images ce magnifique conte « La Belle et la Bête » de Madame Leprince de Beaumont c’est un peu comme s’atteler à l’adaptation de l’Odyssée ou du Mahabharata.
La petite fille que je fus a longuement été marquée par cette histoire d’amour atypique, par cette jeune femme, Belle, libre et amoureuse des livres et de sa liberté. Sa personnalité tissée à la fois de révolte et d’humilité me fascinait, tant et si bien que je relisais indéfiniment l’histoire et lorsqu’en 1991 l’interprétation par Disney fut balancée sur les écrans, je me sentis comblée. Les illusions fonctionnèrent et je retrouvai la terreur et le plaisir ressentis lors de mes lectures. 

La Belle et la Bête, Walt Disney, 1991

Plus tard, je découvris une version autrement plus belle, plus pure, plus difficile à voir : celle de Jean Cocteau. Ce que la Bête me faisait peur avec ses crocs et ses longs poils fauve et sa cruauté à peine voilée.

La Belle et la Bête, Jean Cocteau, 1946


Avec le temps, et maintenant que je suis adulte, je lis ce conte bien différemment d’une banale histoire d’amour. A mon sens, la Belle représente l’Esprit ou l’Âme. Elle est la pureté et la bonté même au sein d’un village odieux. Au début elle n’en est qu’à l’enfance de l’Âme, celle qui nait, promptement et naturellement. 

Perdue et nageant à contre-courant, elle ne demande à son père, qu’une simple Rose, symbole de l’Amour dont il faut parfois accueillir les profondes et nobles blessures avant de pouvoir l’accueillir et tout simplement vivre. Les épines d’une rose sont là pour la défendre, mais sont aussi là pour nous rappeler que les douleurs et les morsures de la vie ne sont que de simples passages qu’il faut traverser pour accéder aux doux parfum de l’Infini. 

La Bête, quant à elle représente selon moi à la fois la Matière, à laquelle nous sommes tous soumis à différents niveaux dans notre vie, et les passions mauvaises, l’Orgueil, la Méchanceté, l’Indifférence. 

La Belle et la Bête, illustration de Walter Crane

Le prince, avant sa métamorphose en horrible créature refuse l’hospitalité à une vieille femme magicienne (ce qu’il ignore) qui lui imposera les vicissitudes de la prise de conscience de la laideur de son coeur. Il faut parfois accepter l’état de la chenille avant de prétendre à s’envoler dans les airs. 

La rencontre entre la souffrance du manque, des regrets, ressentis par la Bête et la Belle, pure de tout jugement permet l’Union des contraires et une expérience qui va au-delà du visible et qui ne peut se vivre que dans l’Amour et la Joie. Le mariage final, montre métaphoriquement deux êtres transformés, dans leur profondeur et dans leurs structures. Ils ont su vivre les épreuves de la Vie et de la Mort pour les dépasser l’Une et l’Autre. Il serait faux de croire que la Belle a vécu peu d’épreuves et que son coeur pur l’a sauvé : c’est l’acceptation de la Mort de l’être qu’elle considère le plus cher qui autorisera la transformation finale. 


Les personnages plus secondaires, comme le père de Belle ou Gaston, n’ont pas rôle négligeable pour autant. La Belle doit se sacrifier et laisser partir son père pour pouvoir accéder à l’Union avec la Bête, ce sacrifice lié aux origines demande une confiance absolue dans la vie et il lui sera salutaire de savoir traverser les bois sombres pour affronter ses peurs. Gaston, quant à lui ne peut-il être vu comme rien d’autre qu’un pachyderme au milieu d’une oeuvre d’art en verre? Pas si sûr, il est une autre vision de la Matière : tentateur et despotique, il est la pure représentation de l’Ego qui refuse la métamorphose en chenille répugnante. Incrédule, il est persuadé que la réalité qu’il expérimente est la Vérité, et malgré les imprécations de la Belle qui lui désigne la Bonté de la Bête, il se laisse emporter par les illusions, le désir, la vengeance et la jalousie. 

Tout cela je le ressens dans l’oeuvre poétique de Cocteau. Dans la version de Disney de 2017, j’ai eu le sentiment de ne voir qu’une histoire d’amour mièvre, mielleuse et sirupeuse dont les chansons n’ont même pas été modifiées. La version française devrait être interdite par les prothésistes auditifs tant les vox sont aiguës et désagréables. Trop de chansons tue la chanson;

De plus la Bête, n’est qu’un gros nounours qui ne fait même pas peur. Emma Watson est insignifiante en Belle…. Bref….ce n’est pas ce film qui m’a convaincue.

La Belle et la Bête, Walt Disney, 2017

Les décors sont magnifiques, l’image est belle, du reste elles parlent à mon sens esthétique, quant aux quelques traits d’humour, je les ai trouvés assez bien placés et efficaces pour la plupart. 

Cette interprétation un peu différente du conte, je la dois à l’incroyable livre de Jacqueline Kelen, Le Sens spirituel des contes de fées. Essai, si j’ose lui donner ce titre universitaire, qui traite des nombreuses lectures possibles des contes, transformant ces histoires moralisatrices en de parfaits enseignements, pour nous apprendre, humblement à vivre. 

Les contes, ces petits récits qui traversent le temps et les âges, sont autant de canevas de lecture de l’existence. 

 

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