cauchemar·nouvelle·onirisme·réflexion·Zohal

"Il y a un poisson blanc dans le bassin au fond du jardin" Troisième coursive

Partie 1
Partie 2

Ces directions inconnues le plongeaient dans une amère hébétude, incapable de prendre une décision ferme. Il pensait à ses recherches sur les chimères et surtout à comment se sortir de ce labyrinthe. Pris d’un regain de courage, il voulut avancer cependant il se rappela que Larry avait brutalement disparu, et bien que sa présence rassurante ne l’eût pas convaincu tout à fait, il souhaitait plus que tout le voir revenir pour s’appuyer à son bras, pour se reposer sur quelqu’un de beaucoup plus solide que lui, du moins en était-il persuadé. Mais il se ravisa presque en colère contre lui-même, qu’est-ce qu’un domestique pouvait faire de plus que son maître ? Ces réflexions étaient stériles et le mèneraient nulle part, il le savait au fond de lui. 

Inondé, il avait été inondé par un flot dense et incessant, l’eau était froide, mordante comme une glace antédiluvienne, elle l’avait immergé jusqu’à la tête presque pour l’étouffer. Il était vivant, il restait au fond lui cette lumière incroyablement pâle mais aussi opiniâtre qu’un insecte nocturne attiré comme un aimant par les fenêtres ouvertes des dormeurs tardifs. 
 

La lumière des bois

Peut-être était-ce là, la raison de sa présence ici dans cette maison ?un chemin à parcourir, une épreuve digne d’un Ulysse ou d’un Hercule. Les dieux voulaient le tester, c’était cela oui, il n’étaient qu’un pauvre pèlerin cheminant sur un sentier rocailleux recouvert des pièges savamment fabriqués par les esclaves des divinités. Ce n’était qu’un mauvais rêve, il allait se réveiller, voir ses amis, sa famille, sa douce femme aux cheveux de saule, et ses enfants dont les yeux d’agate avait déjà percé les mystères du monde bien avant lui. 

La folie le prenait, tel un vampire dont les dents assoiffées se seraient d’abord attaquées à son espoir, ressource incroyable pour un assassin qui souhaite atteindre sa cible. D’abord lui faire croire à une survie possible, puis écraser la victime comme une misérable bête sans défense.

Il resta un long moment immobile, entouré d’une cotonneuse lumière sombre et grisâtre qu’il ne voyait même plus. Alors qu’il se croyait plongé dans un noir impénétrable, il rouvrit les yeux, le couloir avait changé d’aspect, une femme se tenait à son extrémité, lui montrant une direction. Jamais Zohal n’avait vu de créature pareille…on aurait dit une nymphe sortie d’un lac. Ses longs cheveux roux ondulaient en cascade le long de ses hanches et offraient un tapis pour ses pieds blancs et diaphanes comme s’ils eussent été en ivoire. Oubliant ses cauchemars il se précipita vers l’apparition. En s’approchant, le jeune homme se rendit compte que les yeux de l’inconnue le fixaient tendrement avec compassion, il avait toujours rêvé qu’on lui tende ainsi une main amie et aimante. Il sentit qu’il allait enfin trouver la libération, qu’il allait de nouveau être dans un bonheur ineffable et puissant. La main de cette émanation féminine aux cheveux fauve était tendue, rassurante, vers un escalier qui descendait vers l’inconnu. 

    
      En tournant la tête il considéra avec effroi l’endroit dans lequel elle voulait l’attirer : un trou béant obscur dont l’entrée était tapissée d’une souple toile ouvragée avec finesse. Se rendant compte du traquenard, il voulut se défaire des mandibules menaçantes. La belle métamorphosée en arachnée s’apprêtait à le dévorer de ses yeux d’amazonite.

Le ventre proéminent de cet immonde alguazil de l’Enfer écrasa les jambes de l’innocent. Les crocs immondes de la bête s’étaient refermées autour de sa poitrine, et une funeste gueule constellée de dents acérées s’approcha lentement du cou tendre de la proie devenue incapable de remuer. Le corps entier de la bête était rougeâtre, la naissance des pattes était couronnée de bulles blanchâtres ressemblant à s’y méprendre à des œufs. Que faisait cette horrible monstre dans sa maison?!

Anesthésié, il fut transformé en cocon, prêt à être mangé par ce qu’il avait cru être le plus beau joyau de la création, l’étouffement proche lui apparaissait comme un soulagement, aucun cri ne sortit de sa bouche, il ne voulait plus se débattre. Le combat, devenu inutile, aurait amoindri ses dernières volontés qu’il souhaitait rendre à son passé. L’inconnu l’encerclait, ses souvenirs le hantaient, remontaient à la surface de son esprit comme de nombreuses bulles de gaz éclatant avec violence et vomissant un poison jaunâtre immonde et répugnant. 
Ce qui s’échappe du passé a parfois des relents de soufre. 

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