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"Il y a un poisson blanc dans le bassin au fond du jardin" Deuxième coursive…

Il poursuivit ainsi pendant de longues minutes sa montée, et alors que le doute s’emparait de lui il rencontra un homme affable, l’air fort sympathique et souriant avec déférence et malice :

– Bonjour Maître, cela fait longtemps que je vous attendais, veuillez me suivre.


Sa livrée était d’une propreté implacable, le veston particulièrement soigné faisait penser que ce domestique était probablement le plus haut placé dans la maisonnée. Zohal ne se souvenait pas d’avoir engagé un tel personnage, mais comme celui-ci s’évertuait à lui dire, tout bas et de manière régulière « Suivez-moi, Maître », il le suivait à l’aveugle, observant assez peu l’environnement dans lequel ils évoluaient. Ils s’engagèrent enfin dans une pièce que le serviteur présenta de la façon suivante :

– Sachant que vous alliez revenir parmi nous, j’ai aéré votre bureau, et classé tous les livres. J’espère que vous vous y sentirez bien.

L’endroit était immense et splendide : une bibliothèque courait jusqu’au plafond le long des quatre murs, les rayonnages remplis parlaient de sciences, d’astronomie, de psychologie humaine, de voyages, d’animaux et même de religion, la philosophie y trouvait aussi sa place. 
 

Le crâne aux ombelles et volutes d’éther


« –  Ce lieu m’appartient, oui, je m’en souviens maintenant, laissez-moi Larry » finit par dire le jeune homme. Larry prit congé de son maître non sans lui avoir fait toutes les recommandations possibles pour garder le bureau dans un bon état. Dès qu’il eût disparu, Zohal entreprit d’inspecter en détails ses livres, leur odeur de cuir tanné et coloré embaumait l’atmosphère et se mêlait à celle de la cire qui avait aussi servi ici pour donner au parquet cette brillance unique. Il était rassuré, rien n’avait bougé, ses curiosités organiques, ses crânes, ses végétaux et ses bocaux étaient toujours placés au même endroit. Il retrouva avec joie sa tête d’études phrénologiques, ébréchée au niveau de l’arrière du crâne. Larry était décidément un serviteur profondément généreux et obligeant puisqu’il avait même pris le temps nécessaire pour ranger ses effets, car il savait au fond qu’il le reverrait.


Le temps qu’il passa à sa table de travail aurait pu paraître interminable à n’importe qui d’autre ne connaissant pas le bonheur de l’étude. Mais le jeune Maître ignorait la dureté de la fatigue et c’est avec des yeux emplis de joie qu’il ouvrit un à un les dossiers qu’il avait eu soin de 

Curiosité spiralaire et aquatique

constituer avant l’inondation. L’un d’entre eux retint particulièrement son attention, il portait sur les chimères du ciel et des fondations. Le titre inscrit en lettres calligraphiées sur papier vélin était évocateur : Le désenchantement du Paradis Perdu. Pendant de longues minutes il resta immobile tout en essayant de se remémorer pourquoi il avait compilé tant de documents sur ces êtres faits d’éther et de nuées, les images s’amoncelaient entre les feuillets de notes griffonnées à la va vite lors de ses voyages et de ses expériences, et un seul mot revenait sans cesse comme un leitmotiv : marée. Non pas que les chimères se fussent toujours montrées dans un cadre marin, non, le terme « marée » faisait allusion à une tout autre explication. N’aimant pas rester sans réponse mais ayant depuis longtemps abandonné les inutiles tortures de l’esprit, il laissa sa question flotter au-dessus de sa tête et se promit de résoudre le problème lorsque d’autres éléments se présenteraient à lui. Pour ce faire il décida de quitter le bureau non sans avoir laissé la porte ouverte, il ne parut pas s’étonner que Larry était en possession du trousseau de clés de tout le château.


Zohal avait oublié qu’il retrouverait la série des escaliers et l’enchevêtrement de marches innombrables… Le courage lui manqua presque, il n’avait visité qu’une seule pièce et les quelques souvenirs qui lui étaient revenus étaient trop peu nombreux pour lui permettre de s’orienter dans ce labyrinthe architectural. Cependant une inaltérable volonté le poussa à poursuivre sur sa gauche, dans un étroit passage presque noir.

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