conscience·histoire·hypnose·nouvelle·réflexion·Zohal

"Il y a un poisson blanc dans le bassin au fond du jardin"

Grand Escalier donnant sur l’atelier du peintre- Musée Gustave Moreau- Paris
 
     Zohal regarda le portail avec inquiétude, jamais il n’avait pensé qu’il se retrouverait là un jour, au seuil d’une demeure qu’il avait pourtant crue connaître à la perfection alors qu’il n’avait fait que l’effleurer. Elle s’était d’ailleurs vite repliée sur elle même tel un ver tubicole aux longues et nombreuses ramifications annelées. Mais sa décision était prise, malgré les avertissements de ses nombreux amis, il fallait qu’il retourne voir ce qui se passait au sein de cet immense château dont la datation était impossible, non pas tant à cause de l’effritement des pierres et de la vétusté de certaines fenêtres, mais plutôt parce que la façade prenait vaniteusement des couleurs capricieuses suivant les diverses intempéries de la région. Et elles étaient si variées qu’on pouvait se figurer un manoir sombre jouant avec la beauté coquette d’une villa de bord de mer.


Zohal pénétra dans le vestibule, laissant claquer derrière lui la lourde porte. Cette dernière n’était pas cadenassée comme il l’avait prévu, bien au contraire, l’ouverture avait même été très facile. Ses yeux furent tout de suite happés par un étrange spectacle: aucune porte à l’horizon, si ce n’est celle qu’il avait derrière lui. Seuls de grands escaliers multiples montaient et descendaient dans des directions toutes inconnues. Phénomène d’autant plus curieux : les marches et les rampes n’étaient toutes façonnées dans le même bois, certaines étaient même sculptées dans du granit, du marbre rose ou noir. 

S’arrêter un instant s’avéra une solution idéale pour Zohal, qui plissa ses paupières comme pour contempler ces voies dont le vague souvenir avait été effacé par l’inondation des dernières années.

Il prit sa décision et posa le pied sur le premier degré du splendide escalier principal dont la rampe rutilante agressait presque la rétine, le cuivre venait d’être astiqué, le bois lustré et les ornements dépoussiérés, l’odeur vive de la cire caressa les narinesdu jeune homme qui se trouva plongé dans ses nombreux souvenirs d’enfance, à l’époque où son arrière grand-mère faisait briller tous les parquets de sa maison. Cependant maintenant qu’il était engagé dans cette voie rectiligne et propre, néanmoins rassurante, il était contraint de continuer l’angoissante ascension de ces marches, sentant la sortie s’éloigner peu à peu, comme aspirée par un générateur extérieur, comme si, dans le fond, c’est en lui-même que le voyage se passait… 
la suite au prochain épisode…

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